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Communiqué en soutien à Sabrina Ali Benali

Il est honteux qu’une telle polémique soit née autour de Sabrina Ali Benali. Elle ne fait qu’interpeller la ministre des affaires sociales et de la santé, Madame Marisol Touraine, les pouvoirs publics, sur la réalité de l’hôpital aujourd’hui. Le fait qu’elle soit ou non de l’AP-HP n’est, pour nous, qu’un détail. Et, pourtant, n’en déplaise à Monsieur Hirsch, l’AP-HP a reconnu sur tweeter, le 19 janvier, que Madame Ali Benali est bien salariée de l’administration publique, l’AP-HP. Non, Monsieur Cohen, vous ne vous êtes pas fait avoir par Madame Sabrina Ali Benali... Mais, nous ne rentrerons pas dans de telles polémiques.

 

A l’écoute de son témoignage, ce n’est pas de cela dont nous avons envie mais plutôt de réaffirmer ce que nous défendons à l’Appel des appels, sans cesse, depuis 2009. Nous qui sommes professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de la culture, de l’information, de la recherche et de tous les secteurs dédiés au bien public ; nous sommes constitués en collectif pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social. Nous réaffirmons, aujourd’hui, plus que jamais, la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris. C’est bien ce qu’a fait Sabrina Ali Benali en présentant le malaise du personnel hospitalier, des urgences notamment, ainsi que le manque de moyens, dans de nombreux médias.

 

Nous entendons, nous comprenons ce qu’elle dit d’autant plus que nous organisons, chaque année, des journées de travail sur nos métiers de l’humain. Partout, les professionnels nous transmettent ce qu’ils vivent, ce qu’ils traversent, ce qu’ils mettent en place comme moyens de résistance. Ils font, comme le dit Sabrina, ce qu’ils peuvent malgré le manque de moyens. Et cette situation ne peut plus durer. Des drames ont lieu, des professionnels sont en grande souffrance. Rappelons qu’en septembre 2016, suite aux suicides de cinq des leurs, les infirmières ont appelé à une grève du zèle infirmier qui consistait à « faire ce pour quoi on est payé et d’arrêter de faire tout mal et n’importe quoi ». 

 

Pour nous, le témoignage de Sabrina n’est malheureusement qu’un de plus. Elle a le courage de le porter, contre vents et marées, dans tous les médias. Et, c’est bien sur le fond, sur ses mots qu’il faut nous interroger ; à charge pour nos politiques, nos pouvoirs publics et la société civile de s’en saisir. Ces lieux où nous ne pouvons plus exercer nos métiers sont leurs hôpitaux, leurs écoles, leurs universités, leurs moyens d’informations, leurs arts, leurs cultures, leurs prisons…

 

Marie-José Del Volgo, qui travaille à l’hôpital depuis près de 40 ans en comptant ses années d’étude, nous rappelait, lors de nos dernières journées de travail à Paris (https://www.youtube.com/watch?v=Jpc_0Pl_-dg), que soigner c’est d’abord et avant tout accueillir, prendre soin. La part la plus importante du soin est l’accueil. Or aujourd’hui, dans nos hôpitaux, les soins se réduisent au médical et médicaliser n’est pas soigné. Aux urgences, dans les hôpitaux où les patients sont de plus en plus nombreux, les questions de sécurité deviennent prédominantes avec des réponses sécuritaires plus que soignantes. Pourtant si l’accueil était considéré par les institutions comme la part la plus importante du travail des soignants et de leur métier, ces problèmes n’existeraient pas ou plus.  

 

Emilie Piouffre pour le bureau de l’Appel des appels.