L’affaire DSK n’aura-t-elle servi à rien ?

par Roland Gori et Fabrice Leroy

Non décidément l’analyse psychologique des personnalités politiques n’est pas la bonne voie pour comprendre et changer notre monde ! Après les derniers rebondissements de l’affaire DSK on aurait pu s’attendre à plus de retenue. Que nenni, c’est Marianne cette fois qui récidive : en couchant toute la classe politique sur le divan !

Que le psychisme « s’infiltre » partout, nous n’en doutons pas (merci à nos amis journalistes de nous le rappeler), ce n’est pas le problème. Le problème, c’est la méthode pertinente pour en rendre compte. Les interprétations « directes », sauvages, hors du champ de la cure et de sa méthode, sont épistémologiquement hasardeuses, moralement douteuses et politiquement périlleuses. Périlleuse pour une certaine forme de Démocratie qui refuse sa dégénérescence en « démocratie d’audimat ».

Si nous revenons à la charge, c’est pour enfoncer le clou : cette façon d’amuser la galerie, ce jeu apparemment sans conséquences, a des conséquences, des conséquences politiques et culturelles. Il contribue à la dépolitisation du débat démocratique et au discrédit de la psychanalyse. Pourra-t-on toujours dire que DSK s’est « suicidé » par un acte manqué, a révélé « à son corps défendant » son désir de ne pas concourir à la présidentielle, a choisi pour cela le numéro d’une suite (2806) qui correspondait à la date d’ouverture de la période officielle de dépôts de candidature aux primaires du PS et autres interprétations pour le moins risquées si, comme cela paraît maintenant probable, le procès devait aboutir à un non-lieu ?

Parce que nous aimons la psychanalyse et le politique, parce que nous pensons que ces deux champs peuvent s’éclairer l’un par l’autre, nous pensons qu’il ne faut pas se laisser aller à ce petit jeu, traditionnel en ce début d’été, de lire la politique à livre ouvert dans la psychologie de ses leaders. Loin d’inviter les politiques à se coucher sur des divans imaginaires nous les invitons à vivre debout dans la Cité.

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