Roland Gori ou « l'insurrection des consciences »

Une foule nombreuse s'est retrouvée samedi à la Maison de la poésie, lors des 5es rencontres des Amis de l'Humanité, pour écouter et débattre avec Roland Gori, psychanalyste, initiateur et président de l'association l'Appel des appels.Convivialité et bienveillance étaient de mise, samedi dernier, à la Maison de la poésie, qui accueillait, pour ses 5es rencontres initiées avec les Amis de l'Humanité, Roland Gori, le psychanalyste et fondateur de l'Appel des appels. Ce mouvement qui réunit, depuis un an, magistrats, psychologues, enseignants, chercheurs, écrivains pour « une insurrection des consciences » face aux réformes gouvernementales. C'est justement une telle insurrection que Roland Gori a suscitée dans la salle, durant deux heures et demie d'intervention et de débat. Ne quittant pas son public des yeux, le psychanalyste fait prendre conscience de l'augmentation des normes et de la standardisation qui conduit à l'abandon de tout jugement propre au profit du dire des experts pour transformer les hommes et leurs métiers en instruments d'un pouvoir qui s'institue grand « évaluateur ».

La salle approuve, les consentements se font entendre.

Roland Gori n'est pas un spécialiste de Jaurès, précise-t-il, dès le début, mais il remercie Charles Silvestre, secrétaire des Amis de l'Huma, de l'avoir invité à (re)découvrir le philosophe, fondateur du journal l'Humanité, qui, comme lui, s'intéresse à « l'humanité dans l'homme » et non à « l'homme-marchandise » qui s'auto-assujettit, dans la « servitude volontaire » comme disait La Boétie. Rappelant son refus de la normativité qui veut imposer « les valeurs du néolibéralisme », Gori s'appuie sur le combat de Michel Foucault contre la société qui instrumentalise, réifie tout, et il se réfère au célèbre ouvrage d'Orwell, 1984, qui remarquait déjà que la sujétion ouvre la voie au totalitarisme. Dénonçant « la fièvre de l'évaluation » qui s'immisce dans toutes les réformes gouvernementales, Gori démonte la fabrication de l'individu « micro-entrepreneur de lui-même ». Il emprunte à Jaurès et Orwell les notions de « valeurs morales » qui, à l'opposé des normes, permettent l'émancipation intellectuelle et sociale. En effet, contre les politiques de « l'évaluation » qui retournent la valeur en son contraire, seule l'imagination est garante de la création d'une véritable démocratie. C'est pourquoi, dit-il, « il faut réévaluer le rôle et la fonction de la culture dans les passions politiques ». Car « seule la culture non réduite au spectacle peut préserver de la barbarie », conclut le psychanalyste sous un tonnerre d'applaudissements. Une discussion avec la salle s'ensuit, au cours de laquelle un enseignant d'histoire-géographie témoigne, par exemple, de la vacuité des réformes qui ne visent qu'à modeler les jeunes aux normes sociales. Et chacun repart avec quelques armes supplémentaires et un nouveau souffle de révolte.

Anna Musso

Voir l'article sur le site de l'Humanité
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