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Il faut se débarrasser de la « machine évaluative »

Par Alain Abelhauser, Roland Gori et Marie-Jean Sauret, Psychanalystes, professeurs de psychopathologie à l’université et membres 
du collectif l’Appel des appels (1).

En ce début de XXIe siècle, en Occident, la folie sociale a pris un nouveau nom, celui d’évaluation. Le mot essaime partout. Il est à la fois le dispositif et le symptôme d’un mode de contrôle social particulièrement dangereux. La société occidentale demande maintenant à ceux qu’elle missionne, dans tous les domaines d’activité, de lui rendre des comptes, ce qui paraît très légitime, mais en faisant de cette exigence un instrument de normalisation généralisée. On sait quel malaise cela génère. Il ne s’agit en fait pas tant de « rendre compte » que de s’en trouver, par ce biais, asservi.

Quel est le processus en cours ? La « machine évaluative », alors même qu’elle donne de nombreux signes d’essoufflement, continue pourtant à se développer, et les tentatives effectuées tant pour la dénoncer que pour tenter d’en limiter les effets délétères n’amènent pour l’instant qu’à la renforcer. Les agences d’évaluation, diverses et variées, constituent aujourd’hui la nouvelle manière de donner des ordres et de faire de la politique sans en avoir l’air. Le contrat social de la démocratie est bel et bien entamé, si ce n’est rompu par cette forme de dictature que sont les chiffres : chiffres que l’on présente comme évidents et indiscutables, alors même qu’ils se déduisent de rapports de forces sociaux et symboliques. Il faut réinterroger la notion de valeur pour combattre efficacement l’évaluation et refonder le contrat social.

 

(1) Ils ont notamment participé à la publication des ouvrages l’Appel des appels et la Folie évaluation aux Éditions Mille et une nuits.

Alain Abelhauser, Roland Gori et Marie-Jean Sauret,

 

Article paru dans l'Humanité

Par Roland Gori, à lire dans Libération