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Une gendarme retrouvée morte, sa famille réclame la vérité

Le Point.fr ouvre son espace Débattre à Sihem Souid, auteur de Omerta dans la police (Editions Le Cherche Midi).

Le ton de sa voix avait capté mon attention. Myriam Sakhri, 32 ans, gendarme à Lyon, a été retrouvée morte dans sa caserne, il y a quelques jours, d'une balle dans le thorax. On s'était parlé au téléphone quelques mois plus tôt. Elle m'avait confié ses démêlés avec sa hiérarchie, elle ne supportait plus les quolibets et les remontrances souvent racistes de certains de ses collègues, mais aussi la pression sur les quotas imposés par ses chefs. Tous sont pourtant embarqués dans la même galère. La plus grande hantise pour nos hiérarchies, dans la police comme dans la gendarmerie, lorsque survient la mort d'un collègue avec son arme de service, c'est de défendre absolument la thèse du suicide sans rapport avec la vie professionnelle. Cela évite de chercher plus loin. Et de remettre en cause une politique du chiffre qui est la cause principale de l'épuisement psychique et physique des collègues. Il ne s'agit pas d'idéologie. Trois gardiens de la paix se sont donné la mort pour la seule matinée du 22 septembre. En septembre 2011, leur nombre a déjà dépassé celui de toute l'année 2010 qui s'élevait à 44.

 

Ce sont des pratiques bien concrètes qui empoisonnent la vie des policiers et des gendarmes comme celles des citoyens. Des P-V en veux-tu en voilà, et quand un gardien de la paix n'obtient pas assez de bons résultats, la sanction tombe, des faits constatés aussitôt résolus, comme pour l'utilisation de chèques volés, après l'opposition du détenteur du carnet, on a autant d'affaires résolues que de formules du chéquier. Pis encore, ce sont les fonctionnaires qui doivent trouver tout un tas de subterfuges pour éviter de prendre les plaintes. Selon la règle, pas de plaintes, pas d'affaires à résoudre. Et ce sont les policiers qui se prennent alors en pleine figure la colère justifiée, dans ce cas, des plaignants virtuels.

 

Nous servons, dans la police, la gendarmerie, l'armée, une République qui a pour devise liberté, égalité, fraternité. Alors que nous vivons trop souvent de l'intérieur sa négation.

 

Quand vous ne baissez pas la tête et que vous ne rasez pas les murs, la hiérarchie, censée sanctionner les comportements déviants, est aux abonnés absents avec bien entendu l'aval des ministres qui se succèdent. Dans ce domaine, on n'exige aucune culture du résultat. Eux se paient de mots, tandis que policiers et gendarmes comptent leurs morts. Myriam Sakhri était gendarme, mais aussi pompier-volontaire depuis l'âge de 16 ans. Une jeune vie consacrée aux autres. Un altruisme républicain sans équivalent chez ceux qui sautent comme des cabris sur leur chaise en disant "République, République", sans que jamais rien ne change.

 

Myriam repose en paix. Sa famille a déposé plainte pour connaître les circonstances exactes de sa mort. Elle a perdu une fille, et la République un exemple.

 

Par Sihem Souid

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