« Mussolini est l’un des rares à savoir que la réalité réside uniquement dans le pouvoir qu’a l’homme de la construire, et qu’on la crée seulement par l’activité de l’esprit » (1). Ils furent nombreux ceux qui, comme Luigi Pirandello, succombèrent à la séduction de la propagande fasciste et aux envoûtements d’un personnage aussi grotesque que Benito Mussolini. En mai 1924, deux Italiens sur trois ont voté pour la liste nationale du Faisceau de licteur. Tous les candidats fascistes ont été élus. Un mois plus tard, le député socialiste Giacomo Matteotti était enlevé et assassiné. Et pourtant il ne réclamait que des faits : « les faits, répète-t-il, obstiné. Juste les faits. Les faits sont vrais ou faux, ils ne devraient pas susciter de bruits » (2). Les faits qu’évoque Giacomo Matteotti sont les abus, les exactions et les crimes du mouvement fasciste qui venaient d’être plébiscités par le peuple italien. Mais que valent les faits face aux prophètes du mensonge ? Que valent les faits face aux « réalités alternatives » d’hier comme d’aujourd’hui ? Que valent les faits lorsque tout se vaut et que les pouvoirs politiques et économiques invitent les masses à choisir, à sélectionner ceux d’entre eux qui leur conviennent, celles des constructions de la réalité qui bercent leur misère par de vieilles chansons ou de nouveaux refrains ?

Roland Gori est professeur honoraire de psychopathologie clinique à l’Université d’Aix-Marseille, psychanalyste, membre d’Espace analytique. Il est également l’initiateur de l’Appel des Appels, un collectif constitué en 2009 « pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social »1. Il est aujourd’hui l’actuel Président de l’Association Appel des Appels.

Deux psychanalystes dans la ville - Conversation entre Vincent Hein et Roland Gori. Le deuxième épisode intitulé : « Écouter tout discours comme en discours de rêve » est en ligne !

Roland Gori et Vincent Hein ont eu l’idée de se retrouver régulièrement pour engager une série de conversations autour de la psychanalyse, de la politique, de la philosophie, de la société, de la littérature ou de l’actualité.
Intitulé « Deux psychanalystes dans la ville - Conversation entre Vincent Hein et Roland Gori », ce projet propose deux fois par mois, un dialogue libre entre ces deux voix d’écrivains et de psychanalystes désireuses de confronter leurs réflexions à la complexité du monde contemporain.
Deux psychanalystes dans la ville - Conversation entre Vincent Hein et Roland Gori. Notre premier épisode intitulé : « Écouter tout discours comme en discours de rêve » est désormais en ligne !
Roland Gori et Vincent Hein ont eu l’idée de se retrouver régulièrement pour engager une série de conversations autour de la psychanalyse, de la politique, de la philosophie, de la société, de la littérature ou de l’actualité.


Robert BADINTER nous a quittés. Rares sont ceux, qui
comme lui, laissent une trace indélébile dans l’histoire de son
pays, et même au-delà de ses frontières. Robert BADINTER
en fait partie. Rares sont ceux qui, au-delà de leur mort,
inspirent les nouvelles générations. Robert BADINTER est de
ceux-là.

Par Roland Gori, à lire dans Libération